LAF4204 — Test de compréhension écrite

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Source : d'après le rapport La langue française dans le monde, OIF, mars 2026 / Francopresse / diplomatie.gouv.fr. Extrait adapté.

Avec 396 millions de locuteurs recensés en mars 2026 par l'Organisation internationale de la francophonie (OIF), le français vient de franchir un seuil symbolique : il devient officiellement la quatrième langue la plus parlée au monde, derrière l'anglais, le mandarin et l'espagnol, mais devant l'arabe standard. Cette progression, enregistrée dans la sixième édition du rapport La langue française dans le monde, témoigne d'un dynamisme que peu auraient prédit il y a trente ans. En 2050, selon les projections de l'OIF, quelque 590 millions de personnes parleront français — soit une augmentation de près de 50 % — dont neuf sur dix vivront sur le continent africain.

C'est en effet l'Afrique qui constitue le véritable moteur de cette expansion. Aujourd'hui, 65 % des francophones vivent déjà sur le continent. La République démocratique du Congo, avec ses 112 millions d'habitants, en est l'illustration la plus frappante : elle est devenue le plus grand pays francophone du monde, devant la France elle-même. Cette réalité redessine profondément la géographie de la francophonie : son centre de gravité ne se situe plus à Paris, mais à Kinshasa, Abidjan ou Dakar. En Europe, en revanche, le nombre de francophones est passé sous la barre des 30 % du total mondial, une diminution qui s'explique principalement par le vieillissement de la population et une natalité en berne.

Le français ne tire pas sa force de sa seule démographie. Il reste la troisième langue des transactions commerciales internationales, et l'espace francophone génère 16,5 % du PIB mondial. Des études menées dans douze capitales du Maghreb et d'Afrique subsaharienne montrent qu'à compétences égales, la maîtrise du français fait la différence à l'embauche. Sur le plan culturel, le français bénéficie d'une légitimité ancienne dans la diplomatie, le droit international, la littérature et les arts. Il est également la deuxième langue la plus apprise dans le monde, avec 170 millions d'apprenants, et la seule langue, avec l'anglais, présente dans pratiquement tous les systèmes éducatifs de la planète.

Ces atouts ne sauraient masquer des fragilités réelles. Sur le plan numérique, seuls 3,5 % des contenus disponibles sur Internet sont en français, contre 24 % pour l'anglais — un écart considérable qui menace la vitalité de la langue dans l'espace numérique. L'intelligence artificielle aggrave ce déséquilibre : les grands modèles de langage produisent des réponses de qualité moindre en français qu'en anglais, et leurs représentations culturelles restent largement homogènes, peu respectueuses de la diversité francophone. Sur le plan éducatif, des millions d'enfants en Afrique francophone demeurent hors du système scolaire, ce qui compromet les projections les plus optimistes.

L'avenir du français dépend donc de choix politiques et éducatifs concrets. L'OIF préconise des investissements massifs dans la scolarisation en Afrique, le développement d'une intelligence artificielle francophone éthique, et le renforcement de la visibilité du français sur Internet. Les gouvernements francophones ne devraient-ils pas, dès aujourd'hui, traiter ces enjeux avec l'urgence qu'ils méritent, avant que les projections optimistes de 2050 ne restent lettre morte ?

A. Trouvez le mot ou l'expression ayant les définitions suivantes dans le texte. [5 points]

1. Compter officiellement comme locuteur d'une langue dans un recensement (§1) [1]
Réponse attendue : recensé(s) (l. 1)
2. Augmentation notable du nombre de personnes parlant une langue (§1) [1]
Réponse attendue : progression (l. 5)
3. Lieu géographique réel ou symbolique représentant le cœur d'un phénomène (§2) [1]
Réponse attendue : centre de gravité (l. 12)
4. Instrument ou moyen permettant d'agir efficacement sur une situation (§3) [1]
Réponse attendue : levier (l. 16) — ou atout (l. 19). Ne pas accepter «fait la différence» (expression verbale).
5. Faiblesses ou points vulnérables d'un système ou d'une situation (§4) [1]
Réponse attendue : fragilités (l. 22)

B. Questions de compréhension. [20 points]

6. Le français est désormais la troisième langue la plus parlée au monde : vrai ou faux ? Justifiez en citant précisément le texte. [2]
Critères d'évaluation :
- [1 pt] Faux.
- [1 pt] Le texte précise que le français est la quatrième langue la plus parlée, derrière l'anglais, le mandarin et l'espagnol. (l. 2–3)
7. Selon le premier paragraphe, quelle progression numérique est prévue pour le nombre de francophones d'ici 2050, et quelle en sera la caractéristique géographique principale ? [3]
Critères d'évaluation :
- [1 pt] 590 millions de francophones en 2050, soit une augmentation de près de 50 % par rapport à aujourd'hui. (l. 6)
- [1 pt] Neuf francophones sur dix vivront en Afrique. (l. 7)
- [1 pt] Ces deux éléments cités avec précision.
8. En quoi la situation décrite au deuxième paragraphe représente-t-elle un renversement par rapport à la conception traditionnelle de la francophonie ? [2]
Critères d'évaluation :
- [1 pt] Traditionnellement, la francophonie était associée à la France et à l'Europe. Or le texte montre que le centre de gravité s'est déplacé vers l'Afrique (Kinshasa, Abidjan, Dakar). (l. 11–13)
- [1 pt] La France elle-même est désormais dépassée par la RDC comme premier pays francophone. Ce renversement est géographique, démographique et symbolique. (l. 10)
9. Reconstituez, étape par étape, la chaîne de facteurs qui explique, selon le troisième paragraphe, la valeur économique du français pour un salarié dans les pays francophones. [4]
Critères d'évaluation :
- [1 pt] L'espace francophone représente 16,5 % du PIB mondial, ce qui en fait un espace économique majeur. (l. 16)
- [1 pt] Des études menées dans douze capitales montrent que, à compétences égales, la maîtrise du français fait la différence à l'embauche. (l. 17–18)
- [1 pt] Les employeurs accordent de la valeur à la maîtrise du français.
- [1 pt] La maîtrise du français constitue donc un avantage concurrentiel direct pour le salarié sur le marché du travail francophone.
10. Le quatrième paragraphe identifie deux domaines dans lesquels le français est en position de faiblesse. Comment ces deux domaines sont-ils liés, et en quoi se renforcent-ils mutuellement ? [3]
Critères d'évaluation :
- [1 pt] Premier domaine : le numérique — seuls 3,5 % des contenus Internet sont en français contre 24 % pour l'anglais.
- [1 pt] Deuxième domaine : l'intelligence artificielle — les modèles de langage produisent des réponses de moindre qualité en français.
- [1 pt] Ces deux domaines se renforcent mutuellement : moins de contenu francophone sur Internet signifie moins de données pour entraîner des IA performantes en français, ce qui à son tour réduit la présence et la qualité du français dans l'espace numérique.
11. Le deuxième paragraphe explique que le nombre de francophones en Europe a diminué. En explicitant la logique qui sous-tend cette explication, dites pourquoi ces facteurs entraînent cette diminution. [2]
Critères d'évaluation :
- [1 pt] Le vieillissement de la population européenne signifie que les générations francophones existantes diminuent sans être remplacées en nombre suffisant.
- [1 pt] La natalité en berne aggrave ce phénomène : sans naissances suffisantes, le renouvellement naturel des locuteurs ne compense pas les décès.
12. En quoi un décideur économique aurait-il intérêt, pour des raisons purement stratégiques, à investir dans la formation en français de ses employés, d'après le texte ? [2]
Critères d'évaluation :
- [1 pt] Le français est la troisième langue des transactions commerciales internationales — maîtriser le français ouvre donc l'accès à un vaste marché d'affaires.
- [1 pt] À compétences égales, la maîtrise du français constitue un avantage décisif à l'embauche — former ses employés en français améliore leur employabilité et donc la compétitivité de l'entreprise.
13. Dans le dernier paragraphe, quelle prise de position l'auteur exprime-t-il, et quel effet produit le recours à la forme interrogative pour l'exprimer ? [2]
Critères d'évaluation :
- [1 pt] L'auteur plaide implicitement pour des investissements urgents et des politiques volontaristes en faveur du français — scolarisation, IA francophone, présence numérique.
- [1 pt] La forme interrogative (question rhétorique) interpelle directement les gouvernements et le lecteur, en sous-entendant que la réponse va de soi — ce procédé rend l'appel plus persuasif qu'une affirmation directe.

C. Questions d'approfondissement. [10 points]

14. Lisez cet échange concernant les projections de 2050 sur le français :

Un optimiste : Ces projections prouvent que le français a un avenir brillant et que l'Afrique en sera le moteur incontestable.
Un sceptique : Ces chiffres reposent sur des hypothèses trop favorables et masquent des défis considérables qui pourraient tout remettre en question.

Expliquez ces deux points de vue, puis dites lequel vous semble plus défendable. Justifiez votre réponse. [3]
Critères d'évaluation :
- [1 pt] L'optimiste s'appuie sur les données démographiques africaines et sur la progression réelle du nombre de francophones (321 → 396 millions entre 2022 et 2025), ainsi que sur la projection de 590 millions en 2050.
- [1 pt] Le sceptique peut invoquer les fragilités du §4 : sous-scolarisation en Afrique, faiblesse numérique, inégalité dans l'IA — autant de conditions qui ne sont pas garanties.
- [1 pt] Position personnelle argumentée et ancrée dans le texte — toute position est recevable à condition d'être justifiée par au moins un élément précis.
15. Lisez la situation suivante. S'agit-il d'une politique linguistique conforme aux préconisations du texte ? Justifiez en vous appuyant précisément sur au moins deux éléments du texte. [4]

Un gouvernement africain francophone décide de supprimer l'enseignement du français dans les écoles primaires pour le remplacer par les langues locales. Il argue que cela favorisera l'identité culturelle et l'inclusion des élèves. Le budget consacré à l'éducation reste inchangé.
Critères d'évaluation :
- [1 pt] Non conforme — le texte insiste sur le fait que la scolarisation en français est la condition principale des projections de 590 millions de locuteurs.
- [1 pt] Non conforme — le texte identifie le maintien du français dans les systèmes éducatifs comme un levier essentiel de la progression de la francophonie.
- [1 pt] Le maintien du budget sans augmentation aggrave le problème : le texte souligne que des millions d'enfants restent hors du système scolaire, ce qui exigerait des investissements supplémentaires.
- [1 pt] Cohérence du raisonnement et mobilisation d'au moins deux éléments du texte.
16. Proposez pour ce texte un titre accrocheur qui va au-delà de la simple mention du thème, et un sous-titre en trois parties dont chacune correspond à une partie du contenu. [3]
Critères d'évaluation :
Titre possible : « Le français, langue d'avenir : quand l'Afrique réécrit la carte du monde »
Sous-titre : « Une ascension mondiale confirmée, des atouts économiques et culturels réels, des défis numériques et éducatifs à relever »
(Accepter tout titre accrocheur non réductible au seul thème + sous-titre en 3 parties couvrant §§1–2 / §3 / §§4–5)

D. Reformulez les phrases suivantes selon les indications. [10 points]

17. Le français bénéficie d'une légitimité ancienne dans la diplomatie et le droit international.
(Il est indispensable que...) [2]
Réponse attendue : Il est indispensable que le français bénéficie d'une légitimité ancienne dans la diplomatie et le droit international. [Subjonctif présent : «bénéficie» — 1 pt structure / 1 pt sens préservé]
18. La sous-scolarisation est l'un des obstacles qui compromet les projections de 2050.
(... est l'un des défis les plus redoutables que...) [2]
Réponse attendue : La sous-scolarisation est l'un des défis les plus redoutables que la francophonie africaine doive relever pour que les projections de 2050 se réalisent. [Superlatif + subjonctif «doive» — 1 pt structure / 1 pt sens préservé]
19. Les gouvernements francophones n'ont pas investi suffisamment dans la formation numérique, et c'est pourquoi le français ne représente que 3,5 % des contenus Internet.
(Faute d'avoir...) [2]
Réponse attendue : Faute d'avoir investi suffisamment dans la formation numérique, les gouvernements francophones n'ont pas réussi à porter le français au-delà de 3,5 % des contenus Internet. [«Faute d'avoir» + infinitif passé — 1 pt structure / 1 pt sens préservé]
20. Le rapport souligne que l'avenir du français dépend de choix politiques et éducatifs concrets.
(Le rapport soulignait que...) [2]
Réponse attendue : Le rapport soulignait que l'avenir du français dépendait de choix politiques et éducatifs concrets. [Discours indirect passé : «dépendait» — 1 pt concordance des temps / 1 pt sens préservé]
21. La croissance démographique africaine profite au français, mais elle ne résout pas les problèmes de scolarisation.
(... sans que les problèmes de scolarisation...) [2]
Réponse attendue : La croissance démographique africaine profite au français, sans que les problèmes de scolarisation soient pour autant résolus. [«Sans que» + subjonctif «soient» — 1 pt structure / 1 pt sens préservé]

E. Réaction personnelle et prise de position. [20 points]

Répondez à l'UNE des questions suivantes. (Limite : 150 mots minimum.)

Soit Q22.
Le texte affirme que «le centre de gravité de la francophonie ne se situe plus à Paris, mais à Kinshasa, Abidjan ou Dakar». Partagez-vous l'idée que cette transformation est une opportunité plutôt qu'une menace pour la langue française ? Vous défendrez votre opinion en vous appuyant sur des arguments et des exemples tirés du texte et de votre expérience ou de vos observations personnelles.
Soit Q23.
Vous avez lu cet article sur l'avenir du français. Vous avez vous-même appris ou pratiqué une langue étrangère dans un contexte particulier — à l'école, en famille, dans un pays étranger, ou encore par des moyens numériques. Vous rédigez un témoignage pour ce magazine en expliquant en quoi votre expérience rejoint ou diffère du tableau dressé par l'auteur sur l'apprentissage et la vitalité des langues.
Soit Q24.
Vous êtes responsable éducatif dans un pays francophone d'Afrique et vous avez observé les tensions entre l'enseignement du français et la promotion des langues locales. Vous rédigez un témoignage pour ce magazine en expliquant quelles politiques linguistiques vous mettriez en place pour concilier ces deux enjeux, en vous appuyant sur les éléments du texte.

Votre réponse (choisissez une question) :